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Fibromyalgie: chroniques d'une maladie chronique

Grillons - par K.

 

 Cliquez sur cette vidéo pour avoir l'effet sonore qui va avec mon texte...

 

 A. et moi sur une terrasse l’autre jour et Y. passe par là par hasard. Il nous dit qu’il va se faire examiner les oreilles parce qu’il a des acouphènes, des sifflements. Il dit que c’est assez répandu à Genève et certains se demandent si ce n’est pas dû aux ondes magnétiques ou quelque chose dans ce genre

 

J’avais lu que c’était un des symptômes de la fibromyalgie mais vu que le diagnostique de fibromyalgie est une vraie poubelle ça ne veut rien dire.

 

Tout ce que j’ai lu sur les acouphènes indique qu’il n’y a pas grand’ chose à faire. Ca peut venir d’otolithes mal placés dans l’oreille interne ou d’une détérioration due aux bruits trop forts comme les concerts de Rock ou les explosions.

 

En tout cas les miens de sifflements dans les oreilles me dérangent beaucoup plus qu’avant. Je ne sais pas s’ils sont plus forts ou quoi mais dès fois je dois prendre un somnifère pour arriver à dormir au lieu d’écouter ces grillons haute fréquence toute la nuit. Je me dis parfois que ce qui me rendra vraiment folle à la fin ça sera ça.

 

Se boucher les oreilles c’est pire. Il faut réussir à ne pas y penser ou alors mettre de la musique pour entendre autre chose. Je prends du Gingko Biloba en espérant améliorer la circulation dans l’oreille interne. Je vous tiendrai au courant si ça marche mais je n’ai pas beaucoup d’espoir.

 

Mon père a souffert de ces sifflements pendant des décennies et on n’a jamais réussi à le soulager. Décidément, les médecins…

 

Le seul truc à faire c’est la relaxation, la sophrologie, apprendre à accepter et vivre avec. Encore un truc à accepter …


UNE JOURNÉE COMME UNE AUTRE… par A.

 La pluie harmonieuse frappe à grosses gouttes sur les tuiles du toit pour le rendre encore plus flamboyant de rouge. Le merle chante malgré tout pour annoncer la venue du jour. Je me lève péniblement et constate que notre petit dernier (c’est un chien) a posé sa crotte devant la porte des toilettes ! Il ne le fait plus depuis longtemps mais ses intestins lui jouent des tours. Pauvre Poupinet, qui a mal au ventre ! Il ne me reste plus qu’à nettoyer la catastrophe et me dépêcher de m’habiller pour sortir le plus vieux ! En traversant la route il me semble que mes jambes pèsent des tonnes et qu’elles ne répondent pas bien à mon cerveau. De justesse une voiture m’évite. Je continue la ballade avec un vide dans le front. Rien de grave, cela doit être une chute de tension.

Je rentre prendre mon petit-déj et je reçois la visite du Gnome. C’est mon Beau-Frère mais il est  surtout Mon Grand Frère ! Nous nous connaissons depuis 32 ans et j’ai toujours pu compter sur Lui. Mon ami rentre de promenade avec le petit (chien) et devant une bonne tasse de café nous parlons du monde qui va si mal !

Malgré les médics pour la tension je me sens terriblement fatiguée mais je ne dis rien et j’attaque avec courage mon repassage. Je peux repasser et méditer en même temps. Ou réfléchir à des futures peintures et à tout ce que j’aimerais écrire, mais avec amertume je continue de repasser. Avant une corbeille pleine me prenait une heure, maintenant cela m’en prend deux et suivant mon état voire trois !

Mon Petit-Fils me téléphone pour me demander si demain midi il peut venir manger. Bien sûre Mon Rayon de Soleil est toujours le bienvenu. C’est le seul de la famille qui n’oublie jamais que je suis malade ! Chaque fois qu’il est là, il me demande quel service il peut me rendre, et il le fait.
Donc la partie de mon après-midi va tourner devant la planche à repasser, les ballades des chiens et plein de téléphones de personnes qui ont besoin de vider leur sac…Je suis quelquefois une oreille compatissante !

17h30, Mon Fils passe pour que je lui coupe les cheveux et que je l’aide à rédiger une lettre. Je n’en ai guère envie mais un souvenir me ramène vers l’image de ma sœur coupant les cheveux de son fils. Il est décédé il y a cinq mois. Et je me dis que j’ai bien de la chance d’avoir encore le mien.. Alors avec Amour je réussis une belle coupe. Il s’en va heureux à son cours de guitare.

Mon Ami est en arrêt de travail. Son dos n’est plus que douleurs avec plusieurs hernies qui le torturent.. Après sa physio, il a eu le courage de faire les courses et le repas du soir. Autrement il a lu les journaux, fait des mots croisés, il a écrit et a baladé les chiens avec moi. Il m’a offert des œillets blancs que je me suis empressées de disposer dans mon vase préféré de l’instant. Je l’ai remercié d’un bisou… J’aurais aimé le serrer très fort dans mes bras, et longtemps le bercer. Mais ce n’est pas son genre, il est plutôt réservé !

La nuit tombe et j’observe le dernier bal des hirondelles. Je suis morte de fatigue !!! Cette fameuse Fatigue Chronique des Fibromyalgiques ! Vous connaissez n’est-ce pas ? Et bien mon entourage oublie toujours qu’elle fait partie de ma maladie et que si j’arrive grâce aux médicaments a atténuer les douleurs, la fatigue malgré les vitamines et une alimentation saine ne disparaît que rarement !!! Je suis aussi fatiguée de me voir amaigrie et de sentir en moi la lourdeur de la maladie qui me semble empirer.

La nuit est là maintenant et je n’ai pas eu assez de temps… Du temps pour moi ou pour ma peinture. Du temps pour le silence. Du temps pour ne rien faire. Alors j’ai pris le temps d’écrire. L’écriture c’est comme la vie, c’est plein de point d’ ???????????, de ratures, de recommencements et d’étonnements pareils aux points d’ !!!!!!!!!!!!! .
Les pages se remplissent et d’un coup de vent elles se tournent…
Il est tard et je pense à Mon Amie K. Je sais qu’elle avait une journée très chargée et j’espère qu’elle va bien ?

Je lui envoie plein d’étoiles pour sa nuit et à vous tous aussi…A


Où est la Claire Fontaine? - par A.

 

 

OU EST LA CLAIRE FONTAINE ?
Slam d’une fibromyalgique
 

Je reprends mon cahier et mon stylo magique,
Tout  en écoutant une vieil air de musique
Improvisé à la guitare
Par mes deux Annars. 
 

Où est la claire fontaine ?
Je ne T’oublie pas et tous les jours je T’aime…
 

Le téléjournal du soir vomit des horreurs,
Des pays entiers se meurent !
Je ne me baigne pas, l’eau est si sale
Des milliers de noyés, c’est un scandale !
 

Je cherche la claire fontaine,
Je T’oublie un peu mais tous les jours je T’aime…
 

Une multitude d’enfants courent se réfugier
Là-bas la Terre a tremblé !
Les immeubles sont devenus tombeaux,
Je ne me promène plus, j’ai trop mal au dos !
 

Mais où est la claire fontaine ?
J’ai égaré ton portrait pourtant je T’aime…
 

Depuis plus de 50 ans, le toit du monde est prisonnier,
Un Saint vivant exilé demande de le libérer.
Le monde s’en fout en préférant fric et football
Ma tête éclate, je n’entends plus le rossignol.
 

Je cherche la claire fontaine,
Je ne T’oublie pas, mais ne sais si je T’aime ?
 

Trop d’arbres et d’hommes brisés par des dictatures
Mon corps n’est plus qu’un amas de blessures
Mon âme se fraye un chemin
Je n’ai plus peur de rien !
 

Enfin la claire fontaine,
Je T’ai oublié et je ne suis qu’amour…  A


Médecins impuissants ou: pourquoi je me plains autant - par K.

 

Il y a de ça plusieurs années déjà, le rhumato m’a dit que les fibromyalgiques sont les patients qui dépriment le plus à cause de leur maladie. Il m’affirmait que d’autres malades beaucoup plus handicapés et souffrants trouvent davantage de joie de vivre que les fibromyalgiques qui sont pourtant moyennement à faiblement handicapés dans leur quotidien.

Je me suis demandée à l’époque si ça ne venait pas du fait que nous sommes justement sur la frontière de la normalité et de l’handicap. Si nous nous étions retrouvés subitement en chaise roulante par exemple, nous nous aurions donné les moyens de nous adapter à la situation et notre entourage aurait été obligé de s’adapter également. Avec la fibromyalgie nous nous efforçons, à notre grand épuisement, d’agir comme des gens en bonne santé.

Mais les années ont passé et maintenant je me dis que ce que le rhumato essayait de me dire c’était que les fibromyalgiques se plaignent énormément. Et comme les médecins ne savent pas quoi faire pour les fibromyalgiques, ils renient l'existence même des symptômes et ces patients se sentent obligés de continuer à parler de leurs symptômes. Et plus ça va de l’avant, plus les médecins s’énervent parce que dans leur immense arrogance de MEDECIN, ils sont incapables de dire tout simplement qu’ils sont IMPUISSANTS !!!

Voici ce que j'ai envie de dire aux médecins qui trouvent que je me plains trop:

Faites votre BOULOT!


Too old for Rock and roll? par K.

 

  

C’est une bonne surprise qui fait chaud au coeur quand les amis comprennent mieux ma maladie que mon médecin, quand les amis acceptent mieux mes limitations que moi-même.

 

Jeudi soir j’ai annoncé au groupe de rock - qui est devenu ma famille depuis cinq ans - que j’arrêtais comme choriste parce que mes douleurs et ma fatigue me l’imposent.

 

Après le dernier concert j’ai eu de la peine à marcher pendant trois jours et j’ai attrapé un très méchant rhume qui m’a terrassée pendant plus d’une semaine. J’en tousse encore. L’avant dernier concert, j’ai eu l’impression que j’allais m’évanouir de fatigue. C’était effrayant. Ces derniers temps, je me réveillais angoissée la nuit parce que je ne trouvais pas de solution à ce dilemme. Tenir le coup malgré la souffrance et à cause du plaisir que ça m’apporte ou arrêter carrément de chanter ? Je savais que mon mari serait tellement déçu qu’il m’en voudrait d’arrêter. Je savais que si je continuais à aller aux répètes pour ensuite ne pas avoir la force d’aller aux concerts, c’est moi qui m’en voudrai.

 

Mais quand je l’ai annoncé au groupe, ils ont tous dit que je devrais venir quand je pouvais, que ce n’était pas grave si je ne chantais que de temps en temps ! Quel soulagement et quelle émotion de me sentir acceptée et appréciée à ce point.

 

Et c’est à ce moment là qu’un petit oiseau est entré dans la pièce de cet abri antiatomique où nous répétons. Il a volé un peu paniqué dans tous les coins pendant que les musiciens essayaient de l’attraper pour le mettre dehors, de peur qu’il soit traumatisé par le volume de notre musique. Plusieurs tenaient leurs vestes, un drap, leurs mains en l’air pour essayer de le contenir mais il n’y avait rien à faire. Le petit oiseau a voulu rester nous écouter un moment, pour partir plus tard dans la soirée.

 

Ce groupe aura été une expérience inespérée pour moi. Faire partie d’un groupe de musique est une expérience unique et extraordinaire. Ca m’a beaucoup appris sur moi et sur les autres, beaucoup apporté de joie, m’a sorti de la douleur parfois et de la déprime certainement.

 

Mais les douleurs protestent, m’ordonnent d’arrêter ça et de mettre mon énergie dans quelque chose d’autre. Je me dis que notre corps malade est peut-être notre entraîneur le plus exigeant. Il nous impose certaines leçons. Peut-être les plus profondes. Le lâcher prise, l’humilité, la solitude, le calme et la méditation.

 


PETIT CONTE DE MAI OU HISTOIRE A DORMIR DEBOUT ! ! ! - par A.

 

Sur le quai d’une vieille gare désaffectée, des liserons recouvrent de leur blancheur le banc rongé par le temps. Le soleil printanier donne à cet endroit oublié le charme d’un jour de fête. L’instant suivant est comme l’instant présent, il est attente. L’attente de tout avec l’illusion du rien. Mais ce rien a ravivé doucement le cœur de cette femme qui marche pieds nus sur ce quai.

Elle attend. Depuis des années, jour et nuit elle attend. Par n’importe quel temps, elle attend. Le soleil la réchauffe, la pluie la lave. Elle est là depuis si longtemps qu’elle n’a plus d’âge.

Les enfants du village voisin viennent les après-midi de congé se moquer d’elle. Ils la traitent de folle en lui lançant des pierres. Elle les regarde d’un sourire enfantin et les désarme d’un éclat de rire . Apeurés par tant d’innocence, ils s’enfuient croyant voir un fantôme.

Le maire a voulu l’enfermer à l’asile, mais peut-on emprisonner l’amour ? Le curé croit à une sainte et a demandé que tous les soirs on lui dépose à manger.


« Sainte Folle » murmurent les religieuses en déposant le panier sur le quai et d’un signe de croix repartent à grandes enjambées.

Elle partage son pain avec les oiseaux tout en leurs murmurant des poèmes, de ceux qu’elle écrit dans un vieux cahier offert par sa seule amie. Elle l’enveloppe dans un vieux foulard rouge qu’elle porte toujours avec elle, et inlassablement, fait les cents pas sur ce quai du mois de mai. Aujourd’hui elle fredonne une mélodie de Bach et le merle perché sur les glycines qui ornent la façade délabrée lui répond. L’odeur des rails flambants de rouille au soleil rappelle une invitation au voyage. Elle aime marcher dessus telle une équilibriste sur un fil et, les bras en croix, sourit à un public imaginaire. En fin de journée, quand le ciel se teinte de rose, elle s’assied à même le sol et sort de son corsage des lettres froissées. Une à une elle les lit comme pour la première fois. Par instant son regard embué de larmes scrute l’horizon. Mais il suffit qu’un avion traverse le ciel pour qu’elle se mette à courir et à crier : « Soit heureuse ! » Elle gesticule, persuadée que son amie est à l’intérieur de l’oiseau de fer et qu’elle la voit. Elle crie encore, folle de joie : « profite de tous les pays dont tu as rêvés et n’aille plus peur ! Et surtout n’oublie pas d’écrire ! »

La liberté c’est sûrement cela, oser la folie, se perdre en elle et refuser les conventions ! Montrer sa défaite et oublier le temps qui passe puisque chaque jour reviennent les mêmes tourments, le même chagrin et les mêmes douleurs. Il y a mille façons de se laisser mourir ! Elle, elle se meurt en attendant un train imaginaire, celui dont un homme descendra tenant dans ses mains un hortensia bleu.


L’espoir dans cette histoire est l’assassin de la normalité ! Mais à quoi servirait la  normalité pour cette femme ? A ressentir la souffrance ? A laisser l’aigreur marquer son visage ? A remplir son cœur de regrets ? A trembler d’angoisse pour être juste ce que les autres voudraient qu’elle soit ? ? ?

 Mais vous n’allez pas me croire ! Sur le quai d’une grande gare d’une immense ville vit un clochard. Il dort sur le premier banc du quai. A des heures bien précises il se lève, arrange son vieux veston et se tient bien droit. Il attend ! Chaque jour il attend ! Il attend qu’une femme vienne le chercher. Il est sûr qu’elle le reconnaîtra car il tient délicatement dans ses mains un hortensia en plastique rose…. A


DIMANCHE 4 MAI… par A.

 



J’ai enfilé ma vieille jupe noire de gitane en souvenir de Mon Grand-Frère. Il aimait tant me voir habillée ainsi. Une petite branche de lilas blanc, les pieds dans un verre de champagne, trône sur la table de la cuisine en souvenir de notre dernier printemps ! C’est aujourd’hui dimanche et c’est aussi la date de son départ pour un long voyage ; c’était il y a 13 ans. Il est parti très tôt le matin, bien avant que le jour se lève. Il est parti dans les flammes que sa dernière cigarette avait allumées! Depuis il est venu quelques fois me rendre visite dans mes rêves. J’attends ses lettres de l’au-delà, et à la place il m’envoie de merveilleux cadeaux. Ce soir, alors que je préparais le repas, il m’a offert le vol des premières hirondelles de l’année dans le bleu du ciel de ma fenêtre ouverte.

Hier il m’a envoyé un message de Maman ; elle cherche à ouvrir la porte de la liberté d’un enfant enfermé ! Elle fait ça pour m’aider…

Long est le chemin de l’invisible mais malgré les douleurs je marche encore ! Malgré la fatigue, je reste éveillée. Malgré le manque d’appétit, je me force de manger !
Les douleurs sont là pour me faire savoir que mon corps est vivant ! La fatigue est là pour que je prenne le temps ; le temps de m’émerveiller encore ! Le manque d’appétit pour je ne sais quelle raison ? ? ?

Ma joie de revoir le printemps, de savourer le soleil sur ma peau, d’écouter la Vie renaître, de m’éblouir des arbres en fleurs et du vert de leurs feuilles ! La nature est si forte qu’elle me donne le courage de continuer ce merveilleux chemin de ma petite vie, qui dans le fond est géniale !

A toutes et à Tous, je vous souhaite une bonne semaine pleine d’imprévus ensoleillés…A