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Fibromyalgie: chroniques d'une maladie chronique

Espoir, toujours toi… par K.

 

 

 

C’est assez pitoyable comme j’espère encore après dix ans de maladie que le fait d’arrêter l’aspartame va m’aider. J’espère qu’au moins ça atténuera les sifflements que j’entends dans mes oreilles sans cesse et qui m’empêchent parfois de dormir.

A vrai dire, j’espère beaucoup plus que ça. J’espère qu’arrêter l’aspartame atténuera mes douleurs chroniques, mes angoisses, mes insomnies, ma fatigue et même ma colère. Je veux tellement retrouver la santé mais quoi que je fasse, je ne la retrouve jamais. J’essaie encore et encore des rebouteux, des guérisseurs, des régimes, des vitamines et concoctions de toute sorte ! Je lis quelque chose sur Internet et je l’essaie. J’étais même sur le point de boire tous les jours de la poudre à lever dans un verre d’eau pour baisser l’acidité de mon corps.

 

Et pour vous dire toute la vérité : j’espère ENCORE trouver un médecin qui me croira et qui m’aidera à trouver une solution ! Pathétique !

 

Espoir, tu ne m’auras jamais lâché les baskets ! Si tu n’avais pas été mon compagnon depuis toujours, j’aurais quitté ce monde déjà à l’âge de 17 ans. On en a vu des choses toi et moi !

 

T’as pas l’impression que tu me portes la poisse ?

 

 


Vieillir – par K.

 

 

Sur une idée de mes beaux parents, nous nous sommes retrouvés, J-C, ses parents et moi, pour dîner dimanche à midi dans un restaurant sans prétention. Les clients ce jour-là étaient tous très âgés et probablement des habitués. Des aquarelles décoraient les murs, les tables étaient trop serrées entre elles et les bibelots étaient plutôt kitschs, mais la viande était excellente.

 

A la table à côté de nous, une femme aux cheveux roux, longs et bouclés, la soixantaine, en tailleur synthétique vert clair et t-shirt à strass, était en face d’une dame aux cheveux blancs, probablement sa mère, habillée en tablier satin rose. Il y avait un petit Cocker sous la table qui s’est tout de suite mis à s’agiter pour dire bonjour à mon chien qui, vieux et blasé, ne lui a même pas prêté attention. J’ai remarqué les escarpins en faux léopard de la femme rousse et aussi qu’elle ressemblait, comme c’est souvent le cas pour les propriétaires de chien, à son Cocker. Attentive à la dame aux cheveux blancs, ça se voyait qu’elle devait bien s’occuper d’elle, même si, tout en l’écoutant, elle avait tendance à admirer ses propres ongles, longs et pourpres.

 

A une autre table, deux vieilles dames, une dans la septantaine, l’autre peut-être octogénaire parlaient très doucement. Celle qui était face à moi s’était dessinée des sourcils noirs et droits qui lui donnaient une expression perplexe. Les deux femmes avaient les cheveux d’un aspect mousseux, surmenés par des décennies de teintures et de permanentes.

 

A côté d’elles, un homme pâle et ridé, portant une blouse rayée rose et blanc à manches trois-quart, avait une expression d’une telle tristesse et solitude que j’imaginais qu’il portait le chemisier de sa femme disparue, histoire d’avoir quelque chose d’elle près de son corps.

 

La serveuse était jeune, brune, jolie, avec les bouts des ongles peints en violet irisé. Elle avait davantage la manière d’une infirmière dans une maison de repos que celle d’une serveuse. Quand J-C s’est trompé en demandant une cuisson de viande « rouge » au lieu de « bleue » elle n’a pas flanché et lorsqu’elle même s’est trompée en lui amenant son plat, elle était persuadée que c’était lui qui avait déjà oublié ce qu’il avait commandé. Tellement elle a l’habitude de servir des vieux gâteux ?

 

Le monsieur à la blouse rayée a fini sa coupe de glace avec le petit biscuit en forme d’éventail, a payé et s’est levé pour sortir. La serveuse lui a demandé s’il serait là mercredi comme d’habitude. Il a répondu avec un sourire et un accent américain que non, il serait en France la semaine prochaine. Il est parti en s’appuyant sur des béquilles et la serveuse a confié aux deux vieilles dames qu’il avait été amputé d’un pied et qu’il n’y a pas longtemps, il était encore en chaise roulante.

 

Il y a des moments comme ça dans la vie où l’on se rend compte de la richesse de détails dans ce qui se passe tout autour de nous. Je ne sais pas pourquoi, mais en observant tout ce petit monde : mes beaux parents qui approchent les 80 ans, mon mari (en l’imaginant après ma mort seul au restaurant portant une de mes chemises), les vieilles dames qui s’offraient un peu de compagnie et de plaisir un dimanche à midi.. en regardant nos corps qui se rident, qui petit à petit se dessèchent et rétrécissent comme des chrysalides, devenant de moins en moins vivables, j’ai eu la certitude que nous nous verrons après la mort et que ce qui restera de nous ce sera notre essence, cette partie de nous qui contient notre gentillesse, notre tendresse, notre envie de nous tenir compagnie jusqu’au bout.