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Fibromyalgie: chroniques d'une maladie chronique

Des médecins et journalistes - par K.

Chapeau de Zorro

 C’était comme si la pleine lune de la veille avait versé toutes ses larmes sur la terre. Hier, il a plu pratiquement toute la journée.  

J’avais peur de sortir le chien car les tendons de mes jambes s’étaient rétréci au point que mes genoux craquaient et faisaient très mal, les hanches aussi. J’avais peur de rester bloquée, ce qui m’est déjà arrivé, mais pas souvent, grâce à Dieu, à l'Univers ou à autre chose selon vos croyances.

 

Dans la rue j’ai vu mon voisin « Sissi ». Il était en tailleur noir avec minijupe et des bottes noires qui lui arrivaient au-dessus des genoux. Des talons aiguilles comme d'habitude. Sur la tête il avait un chapeau noir genre Zorro.

 

La promenade s’est bien passée tout compte fait.

 

Après, j’ai envoyé par e-mail ma lettre de lectrice (voir blog du 28 août) à la Tribune de Genève. J’ai eu une réponse assez rapide où le journaliste avait pas mal corrigé et coupé mon texte. Par fierté j’ai avoué que le français n’est pas ma langue maternelle.

Le journaliste et moi ne sommes pas arrivés à nous mettre d’accord sur le sens du mot « diffus ». Les douleurs diffuses pour moi sont le contraire des douleurs précises et fortes que nous avons souvent en fibromyalgie.

 

Quand je pense « diffuse » : Je pense à une lumière diffuse, qui est une lumière douce mais répandue, comme quand il y a le brouillard. Une douleur diffuse serait comme la douleur que l’on a avec la fièvre : partout mais pas vraiment forte… Le journaliste a insisté qu’il avait raison : une douleur diffuse est une douleur qui se déplace comme dans la fibromyalgie. C’est son journal. Il met ce qu’il veut.

 

En réalité, en fibromyalgie nous avons les deux sortes de douleurs mais ça aurait compliqué la discussion.

 

Je vous donne l’avis du dictionnaire Larousse :
DIFFUS, E  adj. (lat. diffusus)

1. Se dit de ce qui est répandu en tous sens : Une chaleur diffuse. Une lumière diffuse. Une bleuâtre et diffuse clarté qu’on eût cru venir de la lune. (Gide)

2. Se dit de ce qui manque de netteté, de concentration : Une rêverie diffuse. 


Comme c’est poétique le Larousse. Le "manque de netteté et de concentration", ça c'est le cerveau d'une personne avec la fibromyalgie.

 Tant pis pour ma lettre de lectrice. Les médecins ne nous écoutent déjà pas, pourquoi les journalistes le feraient ?


Lettre de lectrice - par K.

 

  

Madame, Monsieur 

Je tiens à vous remercier pour votre article sur la fibromyalgie (Tribune de Genève du 28 août 2007) car il n’y en a pas souvent dans la presse. Toutefois, ayant ce diagnostique depuis bientôt 10 ans, je ne me suis pas vraiment reconnue dans cet article et j’aimerais apporter un complément d’informations en témoignant de ma propre expérience. J’espère que d’autres dans mon cas feront de même.

Si j’ai consulté des médecins qui savent que la fibromyalgie n’est pas imaginaire, je n’ai jamais trouvé un pour m’aider. Evitant d’en parler, c’est tout juste si le médecin me prescrit des anti-douleurs qui d’ailleurs ne me soulagent pas. Les antidépresseurs non plus. Le seul bon conseil qu’un médecin m’ait donné était de faire de l’aqua-gym. C’est une vraie délivrance de se sentir portée par l’eau où il est possible de faire des mouvements qui seraient trop douloureux sur terre ferme.

Mes douleurs n’ont jamais été « diffuses » comme décrit dans votre article. Au contraire elles ont toujours été fortes, parfois lancinantes et se déplaçaient un peu partout dans mon corps pour s’installer dans le bas du corps ces quatre dernières années. Aussi, j’ai une sorte de faiblesse / fatigue / tension musculaire qui fait que j’ai de la peine à monter et descendre les escaliers, à marcher ou à rester debout plus d’une demi-heure. Si je dois m’asseoir par terre ou dans une baignoire j’ai beaucoup de peine à me relever. Mes muscles ne fonctionnent plus comme ils devraient.


Mes symptômes ont évolué. J’ai eu pendant plusieurs années des maux de tête fréquents avec vomissements qui duraient 24 heures. Maintenant ils sont moins fréquents et moins violents. Aussi, le haut de mon dos fait beaucoup moins mal depuis environ 3 ans. Il serait intéressant de savoir pourquoi !

En ce qui concerne la théorie que la fibromyalgie serait un dérèglement dans la transmission des messages douloureux au niveau du système nerveux central, ça ne me paraît pas logique : lorsque je me coupe le doigt je n’ai pas plus mal qu’avant la fibromyalgie. Par contre, si mon chat – qui n’est pas lourd -  se promène sur les nerfs qui passent dans ma cuisse, ma hanche, ou mon bras, je crie de douleur.

Il reste beaucoup de mystères concernant cette maladie qui affecte de nombreuses personnes. Je m’étonne qu’il n’y ait pas plus de scientifiques et de médecins pour trouver de vraies réponses. Je continue à chercher un médecin qui me prendrait au sérieux.


L'opinion Des Autres - par A.

 

Je suis toujours étonnée de remarquer que Nous Fibromyalgiques, nous devenons «l’opinion Des Autres» ! Pour être très franche, autant vous dire que cela me met dans une colère noire ! Pourtant dans le journal des HUG du mois de Juillet-Août, deux pages expliquent notre maladie. Les recherches scientifiques ne permettent pas encore de savoir pourquoi et comment on attrape cette maladie, ni comment la guérir. Nous, nous devons vivre avec jour et nuit, et nuit et jour. On souffre ! ! ! Parfois soulagées par la prise de médicaments très forts.

Alors j’aimerais bien que certaines personnes arrêtent de nous donner des leçons de psychologie à deux balles et de vouloir à tout prix nous faire croire que cela vient de nos traumatismes ou je ne sais encore quelle autre connerie de ce genre.

Je suis entièrement d’accord que le corps est lié à l’esprit mais ceci est le cas alors pour n’importe quelle autre maladie. Je ne crois pas que la médecine ait trouvé d’où vient la sclérose en plaques ? Alors là tenez-vous aussi le même discours ? Devant une personne en fauteuil roulant , allez-vous lui dire que c’est dans la tête ?
Il est vrai que le point commun que nous avons entre fibromyalgiques est l’abnégation, et aussi d’une certaine manière le perfectionnisme, mais cela ne donne à personne le droit de nous juger ou de nous prendre pour des tarés !

Dans tout cela voyez-vous, une chose nous libère souvent, c’est le rire ! Alors avec toutes vos bonnes opinions, on a de quoi rire en attendant une autre délivrance, la mort…Et là je fais de l’humour noir ! ! ! 

 


Voler sans peur - par K.


 

Comme je disais à A, « Non seulement on devrait nous respecter, on devrait nous admirer. » C’est vrai. On fait tout pour paraître normales, tout pour tenir le coup et vivre normalement et tout pour être courageuse malgré cette fichue maladie.

 

En tout cas j’étais fière de moi hier pour changer.  Je suis allée à un cours pour ceux qui ont peur en avion (www.volersanspeur.com). Non seulement j’ai dû affronter ma peur de l’avion, j’ai également dû affronter ma peur de me présenter à des inconnus. Ah ! le fameux « tour de table » qui me fait trembler jusqu’à la moelle, qui fait battre très fort mon cœur et qui vide mon esprit de toute idée cohérente. Ma deuxième phobie la plus importante après l’avion. Dès que je me suis rendu compte qu’on allait devoir le faire, je n’arrivais plus à me concentrer sur ce que disait l’animatrice. Alors j’ai désamorcé la bombe en me proposant pour me présenter en premier. Ca s’est tellement bien passé que je n’en revenais pas et pour finir je trouvais que je parlais presque trop.

 

Mais dans ce genre de situation, c’est-à-dire lorsqu’on décide de faire un stage et lorsqu’on a la fibromyalgie, on doit aussi avoir le courage d’affronter une journée qui va beaucoup nous fatiguer, où l’on va nous demander de marcher, de grimper et descendre des marches, ce qui peux faire mal et ralentir les autres parce que nous avons souvent de la peine à faire ça. Hier pendant le stage on a pas mal visité les lieux, y compris l’avion et j’étais contente que mes jambes ont plutôt bien fonctionné. Aujourd’hui je paye avec un mal de tête et de ventre, mais ça a quand même été une très bonne expérience.

 

Puisque je savais qu’on n’allait pas décoller, pour une fois j’ai pu être à l’aéroport sans angoisse, montrer mon passeport et passer mon sac à mains aux rayons X et même m’asseoir dans un avion sans être totalement hors de moi avec une bouche sèche et un cœur qui va à 300 la minute !

 

Une chose qui m’a fait rêver : l’animatrice nous a expliqué qu’il existe des « turbulences de couleur » c’est-à-dire que la couleur d’un champ de colza fera monter l’avion car le jaune est une couleur chaude et la couleur de la forêt fera descendre l’avion car il crée un courant froid. C’est magique. Tout comme c’est magnifique d’être en avion au dessus des nuages et de regarder le soleil se lever.


Plein de choses sont très belles lorsque la peur est absente.

corps-esprit - par K.

J. hier soir disait qu’elle était un peu déçue par mon article intitulé « Rock and Roll ». Elle croyait que j’allais dire quelque chose qu’elle ne savait pas déjà, que j’allais approfondir, expliquer les vraies raisons pour lesquelles je n’arrive plus à chanter avec le groupe. En fait je réalise que je ne sais déjà pas pourquoi j’ai été capable de le faire pendant quatre ans. C’est peut-être logique que je n’arrive pas à expliquer pourquoi maintenant je n’arrive plus.

Je sais seulement qu’à l’idée de ces longues soirées où je dois rester debout pendant 2 à 3 heures pour ensuite souffrir de spasmes dans le dos et douleurs dans les pieds et mettre une journée entière ou même deux à récupérer de la fatigue, tout mon être recule et je ressens une grande faiblesse et une envie de pleurer.  Il y a peut-être aussi le fait que le groupe a doublé son répertoire et cet été avait un concert par semaine!

Avec J. on parlait aussi de traumatismes qui restent enregistrés dans le corps. Ces nœuds dans les muscles qui seraient le résultat de tensions émotionnelles non évacuées. C’est difficile pour moi de faire comprendre aux gens que la fibromyalgie est une « vraie » maladie parce que je crois aussi au lien corps-esprit. Disons que la fibromyalgie peut être psychosomatique mais comme toute autre maladie l’est : le stress chronique, les chocs émotionnels et physiques finissent par créer un déséquilibre dans le corps et ce déséquilibre laisse la porte ouverte à la maladie, que ce soit la fibromyalgie, le cancer ou autre chose. Ca a été prouvé scientifiquement après tout, que le stress affaiblit le système immunitaire. Mais ça ne veut pas dire qu’on peut guérir en faisant de la psychothérapie, le massage ou la relaxation. J’en sais quelque chose !

Les chercheurs pensent que dans la fibromyalgie il y a un mauvais fonctionnement au niveau du système nerveux central : le cerveau percevrait les douleurs d’une façon amplifiée. Je veux bien, mais ça n’expliquerait pas les spasmes et crampes et ça n’expliquerait pas non plus pourquoi nous avons des migraines qui durent 24-48 heures avec vomissements, des faiblesses musculaires, les pertes d’équilibre et j’en passe.

On espère toujours que la médecine trouve la vraie raison de cette maladie. On espère surtout qu’elle trouve le bon remède. Je crois qu’elle trouvera lorsqu’elle sera capable de regarder l’ensemble des systèmes en même temps. L’effet de l'esprit certes, mais aussi les relations et répercussions entre les différents systèmes du corps humain.


Loin d'être une Sainte - par K.

Hier tard dans la soirée je passais à la place de la Navigation où des jeunes se criaient dessus dans une langue que je ne reconnaissais pas. Sur un banc une vieille femme était endormie avec sa béquille à côté d’elle. J’ai eu peur qu’elle ait eu un malaise et j’ai été la réveiller pour lui demander si ça allait.

« Oui, je suis là parce que je ne veux pas aller… Ca va madame, vous êtes gentille, ça va bien. Laissez-moi dormir… »

Elle sentait fort l’urine. Une veste couvrait ses genoux.

Bonne nuit Madame.

Est-ce que j’aurais dû vous ramener chez moi, vous offrir un bain et un lit propre ?


VACANCES à LA MONTAGNE - par A.

 
J’ai pu partir une semaine à la montagne avec mes deux chiens pour retrouver ma grande Sœur, son mari et Mon Rayon de Soleil. Ceci grâce à ma famille qui est venue me chercher en voiture, qui m’a logée  dans un joli studio de leur chalet. Le calme, l’air pur et la nature sauvage m’ont donné la force de supporter des douleurs atroces.Elles se sont déclarées au premier changement de temps, à la première baisse de température et je pense aussi, au changement d’altitude.

Réveillée à quatre heures du matin par une cinglante migraine et par mon dos devenu  aussi rigide que de la pierre, je n’ai pu qu’avaler des forts anti-douleurs et me recroqueviller dans mon lit. Impossible de m’allonger, de me déplier, la crise était trop forte ! Dans ces moments-là, avec le temps j’ai appris à ne plus paniquer et à visualiser quelque chose que l’on aime, par exemple un paysage féerique, ou penser très fort à une personne proche. Ce qu’il m’arrive de faire aussi, c’est de parler Aux Anges. J’ai pu me rendormir et me réveiller quelques heures plus tard avec le soulagement de la crise disparue.


Une semaine géniale ! Je remercie tout particulièrement Ma Grande Sœur qui a pris soin de moi, ce qui m’a permise de prendre deux kg ! J’en avais besoin, je n’étais plus qu’un squelette ! Mon Beau-Frère pour l’aller et retour en voiture et son humour et Mon Rayon de Soleil pour l’aide précieuse lors des ballades avec les chiens.


Aussi un Grand Merci à Mon Papa, pour m’avoir coupé les cheveux ! ( mon père a 88 ans !)
 


DESOLEE - par A.


Oui vraiment désolée de rouspéter parce que tu marches trop vite et que je te le fais remarquer. Dans ces moments-là  je t’en veux à mort si tu savais à quel point j’ai la Rage ! Après bien sûre, je me rends compte que tu n’y es pour rien. C ‘est moi qui n’arrive pas à suivre parce que la fatigue  que je porte en moi pèse des tonnes, et que des aiguilles invisibles transpercent mes hanches. Sans compter l’immense chaîne qui sert  ma taille.

Oui, j’ai la Rage quand mes pieds ne répondent plus à mon cerveau et que je trébuche en risquant de tomber !

La Rage quand mes mains n’ont plus la force de retenir la boîte que je prends dans l’armoire ! Toutes ces petites choses qui me pourrissent la vie du matin au soir, et même du soir au matin. Je sais que ce n’est pas drôle pour Toi qui partage ma vie  et je me demande souvent combien de temps encore tu auras le courage de me supporter ?

Je suis toujours autant désolée de ne pas pouvoir vous inviter plus souvent, vous Mes Amies et Amis, vous Mes Enfants et Petits – Enfants. Mais j’ai perdu en chemin ma force et mon courage. Je pensais qu’avec le temps ma maladie se stabiliserait, mais c’est tout le contraire !
Alors Désolée pour  tous ceux qui m’entourent mais au moins laissez--moi  Ma colère, elle me permet de rester Debout !
 

Popcorn - par K.

 

En regardant le téléjournal je me demande si nous sommes dans un cauchemar : tremblement de terre au Pérou, des gens morts pendant la messe… orages violents un peu partout à cause du viol de notre terre. Est-il trop tard pour la sauver ? Un pédophile récidive et l’économie mondiale risque de s’écrouler. Il y a même un pour violer des juments !

Dans le parc je vois un enfant handicapé et toutes mes terminaisons nerveuses brûlent de douleur pour lui. Plus loin la même chose lorsque je vois un enfant avec un bandage sur l’œil. Avoir mal pour les autres ça ne sert à rien. Il faudrait agir, mais que faire ?

Je n’ai plus la force pour agir. Mes jambes fatiguent trop vite. Mes muscles ne fonctionnent pas comme ils devraient. J’ai hâte d’aller m’asseoir quelque part.

Je vois des fleurs jaunes qui ressemblent au popcorn et quel émerveillement de découvrir qu’elles ont aussi l’odeur du popcorn ! Je crois que je suis dans un rêve / cauchemar.

 


Des hortensias pour toi - par K.

Qu’est-ce que je ferais sans A. qui m’encourage et qui ne juge jamais ? Qu’est-ce que je ferais sans A. qui sait de quoi je parle quand je me plains ?

 

Je me plains je me plains je me plains je me plains je me plains je me plains…

 

Ben oui. J’ai mal et je me plains. Ce que les gens sans douleurs chroniques ne savent pas, c’est que je me plains peu. Eh oui, par rapport au fait que j’ai mal pratiquement tout le temps, je me plains très peu.

 

Aujourd’hui j’ai rendez-vous pour faire faire des supports plantaires. J’espère que ça soulagera un peu. Parce que les douleurs dans mon pied, mes hanches, me rendent folle.


La piscine par contre est une délivrance. Soutenu de tous les côtés, mon corps est enfin libre de faire des mouvements gracieux. Il se délecte de l’immersion dans l’eau. Cet élément qui porte, qui berce, qui soutien.

Tellement de choses dans la vie sont des métaphores.

Mon amie A. toute frêle, toute cassée, aurions-nous besoin d’être soutenues de tous les côtés ?  Et de quelque chose qui nous berce, qui nous porte ?



La Fièvre - par A.

Elle est venue me rendre visite un beau matin ! D’abord je l’ai ressentie comme une ennemie. Elle s’est emparée de mon corps dès mon réveil, en parcourant ma colonne vertébrale de mille frissons. En bourdonnant dans ma tête pour ensuite, descendre dans mes articulations, tel un passage à tabac ! Rendant mes jambes si fragiles que le sol semblait se dérober sous mes pas. Comme j’ai essayé de l’ignorer, vu que je ne l’avais pas invitée, je suis quand même partie promener mon  ami le chien.

La route s est transformée en chemin sinueux. Arrivée au petit parc, je me suis assisse sur un banc. Le soleil inondait la pelouse où pigeons et tourterelles roucoulaient de plaisir en dégustant des graines qu’une vieille dame
venait de jeter de sa fenêtre.

Tout me parut irréel ! Mon chien qui m’observait, m’adressa la parole : « Il faut rentrer maintenant ! Tu  as l’air d’avoir froid. » Et il m’a ramenée tranquillement à la maison.

Entre temps la fièvre avait envahi  le moindre recoin de ma chair. J’ai eu l’impression de voler jusqu’au lit. Là, l’ennemie s’est transformée en amie. Elle m’a chuchoté à l’oreille : « pourquoi vouloir toujours lutter ? Regarde ton corps est inerte, il a tant besoin de repos, laisse-le dans ce lit douillet et chaud, et envoles-toi dans le bleu du ciel. »

Alors je suis retournée dans ce monde magnifique que j’avais découvert  à mes sept ans lors d’une grave maladie. Quel bonheur de ne plus lutter et de planer comme un aigle dans les cieux ! Par moment, je revenais dans mon corps pour percevoir les voix chaleureuses de ma famille. Je sentais aussi la douce chaleur des chats et des chiens qui veillaient sur moi. J’avais le sentiment qu’ils s’envolaient avec moi dès que la fièvre me transportait dans cet autre monde.


Si cela ressemble à la mort, alors je n’ai pas peur de mourir, c’est une délivrance !
Enfin tout cela m’a permise de constater que ceux qui m’entourent, ont plus de compréhension  et considèrent davantage une méchante grippe que cette foutue maladie qui me ronge depuis des années !

Alors je remercie mon amie La Fièvre de m’avoir permise de me reposer sans me culpabiliser 

Le Bonheur - par A.

Pour Ma Nièce et Filleule, en souvenir de son enfance… 


 -         A quoi tu joues ?

-         A faire courir le stylo sur la page blanche.

-         A quoi ça te sert de jouer à ça ? Je ne vois que des mots qui se suivent, ce n’est vraiment pas drôle !

-         A quoi ça me sert ? Mais à trouver le Bonheur !

-         Et tu le trouves réellement ?

-         Oh oui ! Et si quelquefois je ne le vois pas toujours, au moins je l’aperçois. Regarde comme les mots sont différents. Certains forment des arabesques, d’autres sont droits comme des piquets et pourtant ils ont besoin des uns et des autres. Ceci pour illuminer la page de soleil ou pour enfanter le vent qui caresse tes cheveux. Ils sautent à la marelle  et s’enfuient du préau de l’école pour découvrir un monde merveilleux, que tu n’aurais pu imaginer, sans les lire.

-         Ils s’alignent sur deux pages, se glissent dans une enveloppe, pour arriver jusque dans ta boîte aux lettres. Et quand tu la reçois et l’ouvres, tu ressens mon printemps, mes joies et tout mon Amour ! Grâce à cela, nous pouvons partager le même ciel. Le bourdon qui butine le romarin en fleurs ou encore l’odeur du café et les yeux affectueux du chien heureux.

Ainsi quoi qu’il arrive, tu retrouveras dans ta mémoire une lettre que je t’ai adressée et  qui te racontera comment tu l’as oubliée sur la commode des souvenirs.


Fêtes de Genève - par K.

Les feux étaient magnifiques. Mais c'est moi qui suis nulle. On dirait que je suis sociable jusqu’à un certain point.

Hypersensible à la foule, la musique, les bruits, la lumière et les odeurs je les supporte et puis d’un coup je ne les supporte plus. A table je jouait avec la cire de la bougie. J’en ai fait une boule de cire blanche, une mini lune que j’ai mis dans ma poche et ramené chez moi.

Sur le chemin j’ai traversé une foire Fellinienne.  

Bonne nuit la lune et les étoiles. Genève, je t’aime mais tu es parfois cruelle. Genève, bonne nuit. Genève, je t’aime. Genève, coin de paradis, carte postale.

Lac des cygnes:


Pluie d'étoiles ce week-end! - par K.


Nous avons tendance à oublier que nous sommes sur une planète qui, comme un navire, passe ces prochains jours devant une pluie d’étoiles filantes : les perséides. C’est magique, n’est-ce pas ? Espérons ne pas manquer ce beau spectacle.

Grand corps malade - par K.

J-C dit que je suis de meilleure humeur. Ca veut dire que pour le moment j’ai arrêté de me traiter de « grosse handicapée » et de vouloir mourir.  Ca doit être dur de vivre avec moi.

A propos, vous connaissez « Grand Corps Malade » ? J’ai envie d’acheter un de ses disques. Drôle de nom pour un artiste, mais je préfère ça à « Doc Gyneco ». Non, je ne l’ai pas hué lors de son concert au Jardin anglais, mais rien que pour le nom débile, il l’aurait mérité.

Ces jours-ci : la pluie, les Fêtes de Genève… j’ai été voir plusieurs concerts sur l’Ile Rousseau. Ce matin j’ai dit à J-C que ma tête était un vrai « détecteur de piquette », tellement j’avais mal entre les oreilles. Je n’aurais jamais dû essayer de boire du rouge. Je sais que je ne le supporte plus. Sur le moment, ça m’a réchauffé. Il paraît qu’il a neigé 40 centimètres en montagne hier. Notre planète va mal. Il faudrait quand même faire quelque chose. Allez sur le site de Al Gore !

Entre le mal de tête, les lancées de douleur habituelles et la fasciite plantaire - que j’ai envie d’appeler fasciste plantaire tellement elle est cruelle – c’était mal parti pour la promenade avec le chien. Malgré tout, j’ai été touchée par les vibrantes fleurs et la joie pure sur le visage d’une petite fille. J’ai remarqué que les magnolias fleurissent à nouveau presque comme au printemps.

Je déteste mon corps. Il me le rend bien. Malgré cela, aujourd’hui je l’ai amené chez le rhumato pour une piqûre de cortisone dans le talon. Je lui ai acheté de la crème pour sa peau. Je l’amène faire de l’aqua-gym deux fois par semaine et je lui prépare des repas équilibrés. Il s’en fout complètement.

ROCK AND ROLL - par K.

dessin: "coeur brisé" par K.

Ca brûle et ça pince et ça tire de partout sur mes hanches, mes jambes, mes pieds. Je n’arrive pas à rester debout ou à marcher plus d’une heure sans avoir trop mal. Parfois après seulement une demi-heure d’activité je dois me reposer.

J’ai enfin compris que mon corps a l’intention de me forcer d’arrêter de chanter dans le groupe de rock and roll dont je fais (miraculeusement) partie depuis quatre ans. Jusqu’ici je surmontais la douleur parce que la scène me procurait cette transformation magique qui arrive lorsqu’on fait partie d’un groupe : on oublie sa propre identité. Je sentais la douleur sur scène mais j’arrivais à continuer parce que « The show must go on ». Parce que je faisais partie de l’harmonie, de l’ensemble.

Mais ce n’est plus possible. Un jour un trac immense - un tsunami de trac - m’est arrivé sur le coin de la figure et je n’arrivais pas à me tenir debout tellement j’avais des vertiges. Je me cramponnais à mon micro. Je savais qu’il ne me restait plus qu’à quitter la scène.  Depuis, monter sur scène est une grande souffrance et je ne trouve plus l’énergie pour surmonter la douleur. Ca demande une énergie dingue, la scène.

J’ai enfin compris que mon corps, qui m’envoie des douleurs sans cesse, douleurs que jusqu’ici je m’efforçais d’ignorer, a trouvé le seul moyen de me faire obéir : la panique et les vertiges. Mon corps sait qu’il a toujours eu ce qu’il voulait en m’envoyant ces symptômes-là. Les seuls symptômes qui me mettent hors service : l’angoisse et le vertige.

C’est triste d’arrêter quelque chose qui me procurait un tel plaisir. C’est douloureux et j’ai honte parce que je sais que je déçois. Mais c’est comme ça. Mon corps a toujours le dernier mot. C’est fou ce qu’il me fait souffrir. Je me demande à la fin ce qu’il veut vraiment de moi.

J'essaie de rester positive. Peut-être le fait d'arrêter de chanter ouvrira d'autres portes, libérera de l'énergie pour autre chose qui me correspond davantage. Après tout, je n'ai pas vraiment un don pour le chant. Mais en attendant c'est douloureux. Comme tout le reste.


Lobotomobile - par K.

 Une histoire plus qu’étonnante. J’ai vérifié les sources et c’est bien vrai : l’histoire de Howard Dully, lobotomisé en 1960 à l’âge de 12 ans parce que sa belle-mère ne supportait pas son comportement de préadolescent. Cette belle-mère digne des pires contes a manipulé le papa de Howard pour qu’il donne son accord pour une lobotomie sur son fils. Le petit Howard ne se souvient plus de l’opération mais depuis ce jour-là il  se sent différent et comme s’il lui manquait une partie de son âme. 

Peut-être plus étonnant encore, la lobotomie a été pratiquée par Walter Freeman qui sillonnait les Etats-Unis de 1946 à 1967 avec sa voiture qu’il appelait « Lobotomobile ». Il a fait 2500 lobotomies avec un pic à glace et un marteau. Le pic à glace passait par l’orbite des yeux pour atteindre la partie du cerveau qui gère les émotions. Les gens venaient à lui en toute confiance pour guérir leurs migraines, dépressions et mauvais caractères. Ca coûtait environ 300 dollars. 

A l’âge de 56 ans, Howard Dully a cherché à savoir davantage sur l’opération qu’il avait subie. Il a rencontré le fils de Walter Freeman. Ce dernier restait fier de son père qui avait pourtant perdu son droit de pratiquer en 1967 lorsqu’une de ses patientes est décédée d’une hémorragie cérébrale. 

Howard a également tenu à poser enfin des questions qu’il n’avait jamais osé poser à son propre père. Il voulait savoir comment il a pu laisser arriver une chose pareille à son enfant. « J’ai été manipulé » a répondu le père d’Howard. Quand Howard lui pose la question « Est-ce que tu regrettes maintenant ? » son père répond qu’il refuse de penser à des choses négatives. » Donc, il ne demandera pas pardon à son fils ! Malgré cela, Howard est immensément soulagé d’avoir pu enfin parler de cette histoire avec son père et lui dit qu’il l’aime. « Tu crois que je ne savais pas ça ? » répond le père. 


Dans cette histoire ce qui me frappe c’est ceci : Howard Dully a été lobotomisé. Il s’est toujours senti « différent » et avait l’impression qu’il lui manquait une partie de son âme. Il pleure lorsqu’il pense à ce qu’on lui a fait. Mais sa Belle-Mère, son Père et le lobotomiseur Walter Freeman avaient tous les trois leurs cerveaux intacts.


ci-dessous: une photo de Howard Dully à l'âge de 12 ans lors de sa lobotomie

  

Bizarre comme je suis toute retournée à cause de l’histoire d’Howard Dully. Okay, je m’identifie à lui. Il m’est arrivé une chose semblable.

Mais il y a plus que ça. Je réfléchis un peu plus loin à des choses que le Dr. Freeman se ferait un plaisir d’enrayer de mon cerveau. Il utiliserait son pic à glace. Il le plongerait à travers mon crane et le balayerait à gauche et à droite pour déchirer les tissus de mon cerveau. C’est comme ça qu’il opérait. Il aimait même frimer en utilisant deux pics à glace en même temps. Heureusement qu’il est mort.

 

En pensant à Howard Dully, je me dis que la lobotomie n’a pas réussi à lui enlever son âme, puisqu’il est toujours capable de ressentir de la compassion pour le petit garçon qu’il était qui a subi une lobotomie. En plus, il a écrit un livre sur son histoire où il essaie de pardonner à ceux qui lui ont fait du tort. Et je me dis que c’est bien la preuve que nous ne sommes pas notre cerveau. Notre cerveau est un outil que nous utilisons dans cette vie, mais notre âme ne siège pas là.

 

Ce n’est pas parce que la lobotomie ne se pratique plus que les choses ont vraiment changé. De nos jours des médicaments existent pour rendre les gens dociles.

 

Quand je pense à la belle-mère de Howard, à son père ; quand je pense à d’autres personnes plus proches de moi… je me dis qu’il y a des gens qui n’ont pas d’âme. Ils n’ont pas de sentiments ou alors ils font tout leur possible pour éviter de ressentir des choses. Ils essaient de ne pas entendre la voix de leur âme. Et surtout de ne jamais en parler s’ils l’entendent. Et lorsqu’ils voient l’expression des sentiments chez d’autres, ils considèrent cela comme une maladie. Des gens sensibles, ce n’est pas bon, c’est même très mauvais pour le bon fonctionnement de notre société.

 

Seulement voilà. Sans les gens sensibles, sans les poètes par exemple… est-ce que la vie vaudrait la peine ?

Pour le Dr. Freeman, oui. D’après ce que j’ai pu lire, ce qui comptait pour lui c’était la célébrité.

Ci-dessous: la belle-mère de Howard Dully

 (Suite)

Pulsations - par K.

Ca aide que l'hôpital universitaire de Genève a sorti un dossier sur la fibromyalgie. Deux pages pleines d'infos.

http://www.hug-ge.ch/_library/pdf/Actualite_sante/pulsations_juillet_aout_2007.pdf

 Fête du 1er août:


Immortels ! - par A.

  « Regardez bien ces Deux-là
Ce sont des Anges Ecrivains
Ce sont mes Anges Gardiens ! »
 

Ils se sont rencontrés dans un rêve d’un sommeil d’été. Je les ai aperçus alors que je nageais dans un champ de blé au contrebas de cette terrasse de nuages d’hortensias.
 

Sans mentir, j’entendais le murmure de leurs yeux. Mais peut-être ne savez-vous pas que les Anges se parlent avec leur regard ?
 

Nous ne pouvons voir leurs ailes ; ils les cachent dans leur cœur, pour éponger le sang de la douleur de ceux qu’ils protègent.
 

Quand ils souffrent trop de la bêtise humaine, ils arrachent une de leurs plumes rouge coquelicot et avec, ils se mettent à écrire une lettre, un poème ou un Livre.
 

Quand je les lis, je plonge dans l’océan du Paradis où flottent mille roses. Chaque fleur est la caresse d’un être cher parti prendre des vacances dans l’Au-delà.
 

Ces Deux-là m’ont sauvée tant de fois, que bien maladroite que je suis, j’ai désiré les immortaliser sur la toile du peintre que je ne suis pas.
 

C’est dans la douce musique du Requiem de Fauré que j’ai tant aimé étendre le ciel de mon pinceau ; de Lui à Elle, de Elle à Lui. Car tout ce qu’ils se racontent est écrit dans les Cieux…

AUJOURD’HUI PEUT-ETRE, OU ALORS DEMAIN ! - par A.

 Il y a bien longtemps, j’étais une personne très active. Je travaillais et j’étudiais en même temps ; j’élevais mes enfants et mes chiens, et tant bien que mal j’essayais de m’occuper de ceux qui avaient besoin de moi. Je pouvais en plus, avoir une vie sociale. J’allais à des concerts, au ciné ; j’invitais amies et amis à la maison où tout était toujours harmonieux et propre. 

Et maintenant ? ? ? Toute ma vie va au ralenti ! J’essaye d’assumer les priorités, mais même ça, des jours je n’y arrive pas alors je relativise ! Relativiser est une chose mais la réalité une autre. Difficile pour moi de recevoir du monde quand je n’ai pas eu la force de faire mon  ménage, ou lorsque la pile de lessive trône au salon, attendant depuis trois jours d’être repassée. Je sais que les amis viennent pour moi et non pour voir mon ménage. Mais j’ai de la dignité. Est-ce un tort ?
 

Je prends la liberté de me consacrer à la peinture et à l’écriture. J’aime créer dans un lieu où se dégage une bonne énergie, alors remettre à demain ce que je peux faire le jour même est impossible !
 

La fatigue et les douleurs m’obligent déjà tellement à remettre au lendemain, que le temps glisse entre mes mains et me remplit de chagrin.